Amety Méria « On m’a encouragé à porter plainte »

  • ametyComment vous sentez-vous aujourd’hui après 20 ans de carrière ?

– Je me sens bien, car pendant ces 20 ans, j’ai appris beaucoup de choses. J’ai été bien entourée et j’ai compris que seule, je ne peux rien faire. On a toujours besoin de l’autre. J’ai également compris que, dans la pratique de la musique, il faut toujours être à l’écoute des autres. Parce que, c’est un art qui se pratique en groupe. C’est cette harmonie de tout le monde qui permet à l’ensemble d’avancer. J’ai appris aussi qu’étant artiste, on est très vulnérable. Tout ceci a contribué d’une manière ou d’une autre à façonner ma personne. Je pense que dans la vie, en même temps qu’il faut être fort mentalement et psychologiquement, il faut aussi être humble.

  • Y a-t-il des gens qui ont compté dans votre carrière ?

– Oui, beaucoup de gens ont compté dans ma carrière. Je pourrais citer par exemple Miguel Vicens, Désiré de Désir et les Sympathiques, l’ancien chef d’orchestre de Manu Dibango, Benson Diakité, Charles Bambara, Daniel Tiendrébéogo de la Voix de l’Amérique… Je pense également à tous ces promoteurs, que ce soit ici au Burkina ou ailleurs. Je ne peux pas citer tous les noms car ils sont très nombreux. Je profite seulement de l’occasion pour dire merci aux uns et aux autres pour leur contribution à l’avancée de ma carrière.

  • Avez-vous connu des moments de doute ? Où vous vous êtes dit : ça suffit, j’arrête ?

– Dans la vie, tout n’est pas toujours rose. Il y a eu des moments difficiles. Mais l’essentiel est de savoir tirer des leçons de tout ce qu’on vit pour avancer.

  • Un exemple de moments très difficilles ?

– (Rires). Oh. Je suis de nature optimiste et j’essaie d’être positive dans la tête. C’est vrai qu’il y a eu des moments très difficiles dans ma vie mais je ne les garde pas particulièrement dans ma mémoire.

  • On peut cependant citer ce différend qui vous avait opposé à un journal burkinabè. Vous devriez même aller au tribunal…

– Ça a été un moment très très douloureux dans ma carrière, compte tenu de mon âge. Ce qui m’a fait vraiment de la peine, c’est que je le sentais venir. Avant cette diffamation dont j’avais été victime, j’avais mis un album sur le marché que le journal en question avait sévèrement critiqué. A la limite, pour quelqu’un qui ne prenait pas le temps d’écouter l’album, il pouvait être découragé déjà à sa sortie. Il y a eu des articles tendancieux avant que la diffamation ne survienne. J’ai été très touchée. Mais de l’autre côté aussi, je n’ai pas voulu en faire un procès, malgré ce collectif d’avocats qui s’était constitué autour de moi et des gens qui me poussaient à porter l’affaire devant les tribunaux. Je me suis dit que de toute façon dans la vie, des erreurs peuvent venir d’une manière ou d’une autre. Et ce n’est pas la peine d’essayer à tout moment de mettre de l’huile sur le feu.

 

  • Vous vous considérez comme une grande artiste aujourd’hui?

– Une grande artiste, c’est trop dire. Car pour être désignée comme telle, il y a beaucoup de paramètres qui entrent en jeu.

  • Comme quoi ?

– Par exemple, il faut d’abord le travail, ensuite l’accompagnement et enfin, le positionnement à un certain niveau. Pour ma part, je pense avoir fait ce que je pouvais. Mais dire que je me considère comme une grande artiste sans tenir compte de tous ces paramètres-là, je crois que c’est trop dire. J’essaie en tout cas de faire mon petit bonhomme de chemin aux côtés des autres. J’essaie de répondre favorablement aux sollicitations que les uns et les autres m’adressent. Je sais que les milieux ne sont pas les mêmes. Par exemple, pour prendre de la hauteur face à une situation, certaines personnes n’hésitent pas à faire certaines choses pour mieux promouvoir leur carrière. Je sais au fond de moi que je ne suis pas prête à tout pour avoir cette hauteur.

  • Vous êtes chanteuse, productrice… Pourquoi se lancer dans l’auto-production ?

– En fait, j’ai toujours fait de l’auto-production. Au début, c’était par manque d’infrastructures. Je le faisais plus au moins par contrainte. Finalement, ça m’a forgée et j’ai pu aussi avoir accès à certains secrets du métier. C’est ce qui fait que je me produis. J’essaie de passer devant quand je peux. Mais ce n’est pas donné à tout le monde de le faire.

  • Vous évoquez sans cesse le nom de Dieu, quelle est sa place dans votre vie ?

– Dieu, c’est l’Etre suprême ! C’est de lui que dépend tout ce que nous faisons. Dans tous mes albums, j’évoque Dieu. Je sais qu’il y a une année, un de vos confrères a essayé de compter le nombre de fois où je dis le nom de Dieu de plusieurs manières. Etant croyante, c’est naturel qu’on puisse à tout moment se référer à Dieu.

  • Quel est votre rapport avec Dieu ?

– (Rires). C’est privé, ça ! Je lui confie tout : ma vie, ma santé, ma famille, tout ce que je crée. Dans mes moments difficiles, je lui demande de me donner la meilleure inspiration pour faire face à la difficulté. Et il le fait (Rires). Mais cela dépend de comment on interprète l’action de Dieu. Je ne lui demande pas d’aller frapper quelqu’un à ma place. Je lui demande de me donner la sagesse, la meilleure inspiration pour m’en sortir et faire face à l’adversité.

  • Vous êtes musulmane pratiquante ? Faites-vous les cinq prières quotidiennes ?

– Oui (Rires).

  • Que faites-vous pendant vos moments libres ?

– Je m’occupe de ma maison et des tâches ménagères.

  • Comme quoi par exemple ?

– Je fais la cuisine, la vaisselle, la lessive…

  • Quand on a les moyens comme vous, on fait ce genre de tâches chez soi ?

– Oh, ce n’est pas une question de moyens ! (Rires). Ce sont des choses qui font partie de mon quotidien et je le vis à l’aise.

  • Aller en boîte, danser avec des amis, ça vous dit ?

– Oui, je le fais mais pas très souvent.

  • Vous participez aux Djandjobas, ces danses de réjouissances populaires des femmes dans les quartiers ?

– Bien sûr !

  • Pas en tant qu’artiste…

– Non, j’y vais comme madame tout le monde, surtout quand il y a les cérémonies de baptême, de mariage… chez des amis. J’aime bien ces Djandjobas.

  • Qu’est-ce qui vous plaît dans ces fêtes ?

– C’est leur côté populaire et cela me permet de vivre d’une certaine manière le social à fond.

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