vendredi, 19 juillet 2019

Justice: Un procureur soupconné de corruption

Saïdou Balima, un émigré en Italie aurait détourné le container de marchandises d’une valeur de 11 millions de F CFA destiné à un octogénaire, Idriss Ouédraogo. Déféré au parquet du Tribunal de grande instance de Tenkodogo, il est libéré après quelques jours la détention. Pourquoi a-t-il été libéré aussi rapidement? Une interrogation qui taraude l’esprit du vieux Ouédraogo, maître coranique à la retraite, résidant à Béguédo, dans la province du Boulgou. Estimant que le droit n’a pas été dit, il accuse le procureur d’être de mèche avec Saïdou Balima.palaisjustice


Nassirou Ouédraogo a quitté son Burkina natal, en 1998, à la recherche de meilleures conditions de vie, pour lui et les siens restés au bercail. Le «destin» l’a conduit en Italie, dans la province de Vicenza. De facto, il est devenu l’espoir de toute une famille, avec en tête son géniteur, l’octogénaire Idriss Ouédraogo, resté à Béguédo, commune rurale située à 145 Km de Ouagadougou, dans la province du Boulgou, région du Centre-Est. Ce dernier, qui espérait jouir longtemps des fruits des durs labeurs de son fils qui lui faisait parvenir régulièrement des marchandises «France au revoir» pour commercialisation afin de subvenir aux besoins familiaux, va vite déchanter. Il ne jouira pas du «juteux» colis de 11 millions de F CFA, envoyé par «Nassirou l’Italien».  Son calvaire a commencé en décembre 2014, lorsque Saïdou Balima, un ami de la famille, en sejour en Italie se propose depuis l’Italie, d’aider Nassirou Ouédraogo à convoyer son container de marchandises jusqu’à la mère-patrie. La confiance établie, le container chargé de 209 moteurs de réfrigérateurs, 3 300 cartons de macaronis, 13 moniteurs d’ordinateurs, 450 pneus, 20 réfrigérateurs, 9 congélateurs, 10 balles de friperie, 22 portes, 150 pots de chaux blanc, 5 télévisions écran plasma, 25 matelas, 25 cartons de boissons, 20 cartons de spaghetti, 12 cartons de café, 10 fenêtres…quitte le 24 décembre 2014, le port de Marguera, à destination de Karpala, au secteur n°51, dans l’arrondissement n°11 de Ouagadougou via le port autonome de Lomé et la gare routière Ouagarinter. Comme à l’accoutumée, Idriss Ouédraogo est enthousiaste à l’idée de rentrer en possession du «précieux paquet». Mais, il est loin de s’imaginer qu’il sera grugé par l’ami d’enfance de son fils, qui s’est proposé de l’aider à accomplir toutes les formalités douanières. Le 13 janvier 2015, la cargaison arrive au port de Lomé au Togo. Deux semaines plus tard, elle est dans  la capitale burkinabè. Aux bons soins de Saïdou Balima, le container est dédouané. Les documents y afférents sont en bonne et due forme.  Idriss Ouédraogo doit bientôt bénéficier des fruits de plusieurs années de travail de son fils. Contre toute attente, le container prend une autre destination. Au lieu de Karpala après le dédouanement à Ouagarinter, il est acheminé à Samand-Naab-Raaga, dans le secteur n°6, dans l’arrondissement 1 de Ouagadougou, sur instruction de Saïdou Balima. Le colis du vieux Idriss Ouédraogo se retrouve ainsi devant le magasin de M. Balima.  Dans la journée du 12 février 2014, le container est cisaillé, la marchandise déchargée. Les friands de matériels «usagers» en provenance de l’Europe se bousculent devant son commerce pour arracher les produits comme de petits pains. Les réfrigérateurs sont bradés, les matelas liquidés, les pneus soldés…Le container est vidé en un laps de temps, de son contenu. A l’insu du vieux Ouédraogo, M. Balima a planifié la vente clandestine des marchandises.

Des millions de F CFA empochés

La valeur marchande de cette transaction illicite est de 11 millions de F CFA. «Lorsque je suis venu à Ouagadougou pour comprendre la situation, il m’a dit que mon fils lui devait de l’argent. C’est pourquoi, il a vendu la marchandise pour récupérer son argent», raconte Idriss Ouédraogo. Joint au téléphone, Nassirou Ouédraogo a purement rejeté cette thèse. Pour lui, son ami d’enfance a abusé de sa confiance. Il ne cherche que desALIBIS pour justifier son acte «ignoble», affirme-t-il. Voyant l’étau se resserrer autour de lui, Saïdou Balima opte pour la clandestinité. Les multiples appels du patriarche n’ont pas eu d’interlocuteur au bout du fil. Saïdou Balima s’est «évaporé» dans la nature. Son domicile, il l’a déserté depuis belle lurette. Une plainte pour abus de confiance et escroquerie est alors déposée contre lui, à la gendarmerie territoriale de Tenkodogo. C’est le début d’une longue chasse à l’homme. La gendarmerie est à ses trousses. A Tenkodogo, son fief, les investigations n’ont pas abouti. Le regard des pandores se tourne désormais vers Ouagadougou, où plusieurs plaintes ont été aussi déposées contre lui pour détournements de marchandises «France au revoir» et abus de confiance. Après plusieurs mois de cavale, le 30 janvier 2016, les éléments de la gendarmerie de Tenkodogo finissent par mettre le grappin sur le fugitif, dans la capitale
burkinabè.

Une libération «scandaleuse»

Transféré à la brigade territoriale de gendarmerie de Tenkodogo, le 31 janvier dernier, il reconnaît les faits à lui reprochés. Alors, il plaide pour un règlement à l’amiable du contentieux. «J’ai accepté ce règlement à l’amiable parce que nous nous connaissons. Il m’a demandé quelques jours pour rassembler l’argent qu’il me doit; j’ai accepté», narre le géniteur de Nassirou. Cette option se solde par une désillusion. Sieur Balima n’a aucun kopeck pour restituer la somme extorquée. Il trouve alors un stratagème : passer par tous les moyens pour se sortir du cachot. Avec la complicité de membres de sa famille, une modique somme de 200 000 F CFA est proposée aux pandores pour sa libération. Cette tentative de corruption se solde par un fiasco. Après 8 jours de garde à vue, les parents de Saïdou Balima entrent en jeu. Selon des sources sécuritaires, c’est sur injonction du procureur du Faso, près le Tribunal de grande instance de Tenkodogo,  Adama Ouédraogo, que «l’arnaqueur» a été déposé, le 9 février 2016 au parquet de Tenkodogo. «C’est le procureur qui nous a personnellement  appelés au téléphone. Il a laissé entendre qu’après que M. Balima a passé huit jours à la brigade, il est en détention illégale. Donc, il faut qu’on le dépose immédiatement au parquet. Nous nous sommes exécutés», confirme notre source. A la surprise générale, celui qui a spolié le vieux Ouédraogo sera libéré le 11 février 2016. Le «mauvais samaritain» a pu se dérober de la justice. Il parade librement dans la ville à Tenkodogo, au grand dam de ses victimes. «J’ai été surpris de constater que  celui qui m’a arnaqué se retrouve dehors, quelques jours seulement après son déferrement au parquet et sans justice», regrette M. Ouédraogo. «Lorsqu’il me rencontre en ville, il me pose la question de savoir : qui peut l’emprisonner dans ce pays ? Je pense qu’il a réussi à corrompre le procureur, parce que sa libération m’a beaucoup surpris», explique-t-il. Pour lui, le magistrat a succombé aux chants des sirènes de la corruption. Commence alors, la longue marche de l’octogénaire entre Béguédo et le palais de justice de Tenkodogo pour que le droit soit dit. «J’ai été à plusieurs reprises dans le bureau du procureur pour que celui-ci m’explique pourquoi mon voleur est en liberté. Et pire, pourquoi je ne suis pas entré en possession de mon argent. Il n’a jamais pu me donner une réponse convaincante», confie-t-il. Et d’arguer : «Un jour, j’ai été convoqué par le procureur au tribunal. Quand je suis arrivé, j’ai trouvé Saïdou Balima avec lui dans son bureau. Après quelques échanges, le procureur m’a d’abord tendu une enveloppe de 3 millions de  F CFA. Ensuite, il m’a dit d’apposer mon  empreinte sur une feuille. Je me suis exécuté. Et, il a remis une copie à Balima.  Enfin, il m’a demandé de rentrer chez moi, qu’après, il va m’appeler pour me donner le reste de mon argent». Les jours passent, aucune «bonne nouvelle» du procureur Adama Ouédraogo à l’horizon. «Depuis que j’ai reçu les 3 millions de F CFA des mains du procureur, il ne m’a plus recontacté. Donc, j’ai décidé de l’appeler pour comprendre comment j’allais entrer en possession du reliquat, puisque c’est lui qui a demandé à la gendarmerie de transférer mon voleur pour le relaxer ensuite. Il m’a répondu en ces termes : j’ai dit que j’allais te rappeler, donc attends que je le fasse», explique Idriss Ouédraogo, l’air révolté. Ses nombreux appels, dit-il,  pour joindre le procureur, intermédiaire entre son arnaqueur et lui, sont restés sans suite. «Il ne décroche plus mes appels. La dernière fois que j’ai pu le joindre, il m’a dit qu’il ne me recevra plus à cause de mon importunité», soupire-t-il, la mort dans l’âme. Affaibli par le poids de l’âge, le vieux Ouédraogo dit être las de se rendre chaque fois au palais de justice de Tenkodogo. Il a perdu tout espoir. Il ne croit plus en la justice. «Je doute parfois de la justice encore moins d’entrer en possession de mon argent», susurre-t-il.

Maître Farama à la rescousse

A quel jeu joue le procureur Adama Ouédraogo, s’interrogent Idriss et les siens. Pour Rasmané Koudougou, un autre émigré d’Italie, ami de l’Italien Nassirou, le délit d’escroquerie est établi. Il est, selon lui, du devoir du procureur de dire le droit et non de protéger et d’encourager les actes illégaux d’un individu qui a dépouillé toute une famille. «Aujourd’hui, notre problème, c’est le procureur. Il a libéré notre voleur sans nous dire pourquoi.  Notre arnaqueur est en liberté et nous sans notre marchandise, ni l’entièreté de notre argent», s’insurge M. Koudougou.
Saïdou Balima,  contacté le lundi 6 juin 2016,  après des échanges téléphoniques, il accepte, enfin, un rendez-vous pour le 12 juin. L’arnaqueur de l’octogénaire a décidé de délier la langue. Pour lui, son acte a été motivé par le simple fait que Nassirou Ouédraogo n’a pas respecté ses engagements financiers à son endroit. «Lorsqu’il voulait envoyer son container au Burkina, il m’a dit qu’il ne connaît personne à Lomé, donc de l’aider. C’est ainsi que je l’ai mis en contact avec Adama Bara, un transitaire. Les frais de transport et de transit de Lomé à la frontière du Burkina s’élevaient à 2 500 000 F CFA. A la frontière du Burkina, les frais de transit  devaient aussi coûter 225 000 F CFA. Mais, Nassirou n’avait pas d’argent. Le transitaire m’a recontacté parce qu’il ne décrochait plus ses appels, et les pénalités du container qui était au port s’élevaient maintenant à 850 000 F CFA», se justifie M. Balima. Il  poursuit : «Après, il a envoyé 925 000 F CFA au transitaire et n’a plus envoyé le reste. Il ne voulait plus payer. Je lui ai dit que son container va rester au port, s’il ne paie pas les pénalités. C’est ainsi qu’il m’a dit de l’aider si j’ai de l’argent. Et après la vente des marchandises, je serais remboursé pour les dépenses que j’ai faites. Je me suis donc engagé avec le transitaire pour qu’il laisse venir le container et que je paierai toutes les dépenses y afférentes». A Ouagarinter, dit-il, le transitaire, Issiaka Sia, soutient que les dépenses s’élèvent à 725 000 F CFA et Nassirou son ami d’enfance lui a encore demandé de s’engager pour les dépenses. C’est pourquoi, affirme-t-il, avec la bénédiction de Nassirou Ouédraogo, il a bradé les pneus et les articles du container. Cette version des faits, Nassirou Ouédraogo l’a purement rejetée, tout en indiquant qu’il ne lui doit aucun kopeck (Ndlr : nous avons une copie des reçus Western union des sommes qui ont été transférées aux transitaires).  « Devant le vieux, le procureur m’a dit que comme j’ai reconnu à la gendarmerie que je paierai 8 millions de F CFA au lieu de 11 millions de F CFA, il faut que je m’exécute. J’ai dit que s’il me condamnait, ce sera difficile pour moi de payer les 8 millions de F CFA. Donc, j’ai été libéré par le procureur sur parole, pour que j’aille chercher l’argent  afin de payer la moitié des 8 millions de F CFA et après, on allait définir les modalités de paiement de la somme restante», relate Saïdou Balima. Sorti du cachot grâce au procureur, Saïdou Balima a pu réunir 3 millions de F CFA. «Le procureur les a comptés et remis au vieux. J’ai signé une décharge et il a apposé son empreinte et chacun a gardé une copie. Mais jusqu’à ce jour, je n’ai pas pu avoir le 1 million», confirme M. Balima. Pour lui, contrairement au rapport de la gendarmerie, son acte n’est en aucun cas une escroquerie, ni un détournement. Dans cet imbroglio juridique, l’octogénaire a appelé Me Prosper Farama à la rescousse, afin qu’il l’aide à entrer en possession du reliquat de 8 millions de F CFA. Le mercredi 6 avril 2016, Idriss Ouédraogo a déposé une plainte contre Saïdou Balima pour escroquerie au cabinet de Me Prosper Farama. Il espère que justice lui sera enfin rendue très bientôt.

Sidwaya

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :