dimanche, 18 août 2019

L’argent est bon, mais…

Mon histoire commence en 1998. J’avais 38 ans. Je préfère commencer mon témoignage à partir de ma jeunesse afin de mieux situer les lecteurs. Quand j’étais petit, j’avais des talents pour le football et on me prédisait un grand avenir dans ce domaine. Mais ma famille était trop pauvre pour m’inscrire dans un centre de formation pour que je puisse suivre à la fois mes études et ma passion pour le foot.
Homme triste 02
A 19 ans, j’ai dû abandonner l’école et commencer à travailler d’abord comme employé dans une scierie, à la zone industrielle. Puis, deux ans plus tard, j’ai décidé de faire des affaires dans la vente de pièces auto à la casse d’Abobo. Pour ceux qui connaissent bien Yopougon, je vivais avec mes parents dans le bas quartier non loin de la MACA (à quelques mètres de la voie qui mène à N’Dotré). J’avais en tête de tout faire pour sortir mes parents de la misère et m’occuper de mes deux frères qui continuaient d’aller à l’école. Nos conditions de vie commençaient à s’améliorer petit à petit grâce au peu d’argent que je gagnais. Je me suis mis à faire des projets. Entre-temps, j’ai fait aussi la connaissance d’une jeune femme qui se débrouillait avec un petit commerce au marché. Cette dernière est tombée enceinte de moi peu après notre rencontre, avant même que j’aie pu me présenter à ses parents. Cela a précipité les choses, car je me suis retrouvé dans l’obligation de le faire. J’ai pris l’engagement de payer la dot afin de pouvoir vivre tranquillement avec celle que j’aimais.

Un après-midi, pendant que j’étais au travail, une connaissance du quartier débarque. Il me prend de côté et me dit de rentrer rapidement au quartier. Il ne voulait pas m’en dire d’avantage. Nous avons sauté dans un ’’gbaka’’ et en quelques minutes, nous voici arrivés. En entrant, j’ai su qu’il y avait un problème comme je l’avais pensé. Il y avait un attroupement inhabituel. Des femmes s’essuyaient les larmes en me voyant. Le cœur battant, je me suis approché et là, je suis tombé sur une scène horrible : des morceaux de planches noircies et des cendres. La maison, une baraque, avait été consumée par un incendie. Elle était entièrement partie en fumée. Je demande après mes parents, mais personne ne peut me répondre. Mon père, un homme très âgé qui avait beaucoup de mal à se déplacer avait péri dans les flammes. Quant à ma mère, elle avait eu un peu plus de chance. Elle s’en était sortie toutefois avec de graves brûlures. J’ai été terriblement choqué par ce drame. J’étais désespéré. Je n’avais plus le moindre sou (je gardais mes économies dans la maison), je n’avais plus de toit où dormir, je ne voyais pas d’autre solution à cette tragédie. Dans la solitude où je me suis soudain retrouvé, je n’avais qu’une idée en tête: me suicider.

Si je suis encore en vie, je le dois à la solidarité spontanée de mes voisins de quartier, mes amis, ainsi que des personnes à la casse avec qui je travaillais. Ma femme, mes deux frères et moi, avons emménagés dans une «deux pièces» qu’un monsieur m’a offerte pour deux mois, le temps que je puisse prendre un loyer. Au départ, j’étais un fervent chrétien. Je ne comprenais pas pourquoi Dieu avait permis qu’un tel malheur s’abatte sur moi, surtout l’un de ses fidèles adorateurs. Je me demandais encore pourquoi cela.

Eh bien, une nuit, après avoir beaucoup prié et pleuré, je me suis insurgé ! Puisque Dieu ne venait pas à mon secours et qu’Il semblait fermer les yeux sur ce qui m’arrivait, j’ai décidé de me tourner vers le diable. Oui, vous avez bien lu : vers le diable. Quelques jours après, je me suis confié à un ami qui fréquentait beaucoup les marabouts et les charlatans. Ce dernier avait déjà pas mal de réalisations à son actif, et ne semblait pas se porter mal. Alors, pourquoi se priver de faire comme lui? Il faisait des voyages assez régulièrement entre la Côte d’Ivoire et le Mali où il avait également des affaires. Je n’avais jamais voulu me mêler à ce genre de choses jusqu’à ce que je me rende compte qu’il fallait que je prenne mon destin en main, surtout que j’avais le dos au mur.

Profitant d’un passage de mon ami en question à la casse, je l’ai pris à part pour lui exposer mon problème. Il a paru étonné dans un premier temps, puisqu’à l’époque tout le monde savait que je ne badinais pas avec mon affaire de Dieu. Mais face à mon insistance, il a fini par accepter de me conduire chez l’un de ses marabouts. Rapidement, j’ai plongé dans l’occultisme. En peu de temps seulement, j’ai ressenti les effets du changement dans ma vie. A partir de ce moment, je me suis habitué à vivre en compagnie des fétiches. Je ne cherchais pas à savoir ce que je faisais, ni dans quoi je m’aventurais. Cela comptait d’ailleurs peu, dès lors que j’avais ce que je voulais. J’avais une grande quincaillerie qui marchait très bien. Parallèlement, je me suis acheté une belle voiture, deux terrains sur lesquels je m’apprêtais à construire, etc. En un mot, l’argent n’était plus un souci pour moi. En reconnaissance de cette richesse, je devais faire des sacrifices périodique. Je ne sais plus combien de fois je me suis lavé avec l’eau des canaris aux carrefours, en plein milieu de la nuit. Plus le sacrifice était important ou spectaculaire, plus les retombées étaient grandes. Mon attachement à l’occultisme allait grandissant, si bien que j’ai commencé à avoir des ambitions démesurées. Je me suis mis en tête de construire une usine. Je rêvais de devenir l’un des plus grands chefs d’entreprise. Mon ambition de richesse et de gloire n’avait plus de limites. Tout dépendait de moi. Mon marabout était là pour ça. Il pouvait faire de moi ce que je voulais, à condition d’y mettre le prix. Contre cette dernière réalisation, je devais sacrifier ma femme et mon enfant âgé d’à peine 3 ans. Cette demande m’a mis dans un grand dilemme, car je ne m’attendais pas du tout à une telle chose. Pour contourner cette option, j’ai eu l’idée de conquérir une jeune fille à qui je ferais un enfant. Le but étant de les sacrifier plus tard. J’ai fait part de mon projet au marabout. Mais cela ne marcherait pas. Les génies avec lesquels il travaillait voulaient ma femme et mon enfant en contrepartie, et rien d’autre. En attendant, je réfléchissais.

Mon problème, c’est que j’étais déjà pris dans l’engrenage. Presque chaque semaine, je devais faire un sacrifice ou des offrandes. Sinon, je faisais des rêves terribles la nuit. En fait, j’ai su un peu plus tard que le marabout avait fait avec le diable un pacte à mon sujet. Je ne pouvais donc pas ruser en croyant pouvoir m’en sortir aussi facilement.

Un jour, je rentrais d’un voyage à l’intérieur du pays et j’ai fait un grave accident de la route, non loin d’Elibou.

C’est un miracle si j’ai pu m’en sortir vivant. La voiture était en épave et tous ceux qui ont vu les dégâts sur l’autoroute avaient du mal à croire que j’ai pu en sortir indemne. Et je crois vraiment que c’était la première fois, depuis des années, que j’ai imploré l’aide de Dieu, alors que j’étais étendu sur le bitume. Je ne pouvais pas ouvrir les yeux, j’entendais pourtant les gens parler autour de moi. J’avais une commotion au niveau du crâne (après les radios), une double fracture du bras droit et d’importantes éraflures dans le dos. J’ai presque été guéri miraculeusement. Après cet accident et vu tout ce qui m’arrivait désormais, j’ai décidé d’analyser sérieusement ma vie et savoir où j’allais. J’ai compris que je n’avais pas le choix. Certes dans ma vie passée, je n’étais pas riche, mais je n’avais pas autant de problèmes qu’à ce moment. L’argent, c’est bon, mais à quoi sert-il si on ne peut même pas en profiter dans la quiétude? Or, depuis un moment, ma vie n’était plus la même, malmené que j’étais par les forces maléfiques. C’est clair, tout ce qui provient du diable est conditionné et ce sont des problèmes à n’en point finir.
Dieu est généreux.
Et quand Il donne, Il ne réclame rien en retour.

Après cette réflexion, j’ai pris l’initiative de m’en ouvrir à un prêtre. J’avais très peur au début. Mais j’ai vite compris que le diable ne pouvait rien contre moi, à partir du moment où je faisais un sincère repentir et que je remettais ma vie à mon Créateur, Dieu. J’ai renoncé à l’occultisme. J’ai commencé un difficile processus pour réintégrer la vie normale. Aujourd’hui, cela vous étonnera peut-être, mais je suis engagé dans une église. Je fais partie de ceux qui ont décidé de renoncer aux choses futiles d’ici-bas pour suivre l’appel de Jésus-Christ, même si je sais que je vis sous la menace des représailles, tant que les forces du mal ne me laisseront pas tranquille. Mais comme disent les Ecritures «je ne crains rien, car l’Eternel est mon berger.» Et Il le restera pour TOUJOURS!

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