Ma patronne touchait mes fesses

Ma patronne touchait mes fesses
J’ai été embauchée comme assistante dans une entreprise privée, à Abidjan. C’était en 2003. J’étais très contente d’avoir trouvé ce boulot, car je vivais seule avec un enfant à charge. Je m’entendais très bien avec ma directrice. Je la trouvais même adorable. Elle était un peu comme une tutrice et une protectrice. Je me disais que j’avais beaucoup de chance. La boîte était grande, avec plus d’une cinquantaine d’employés. A midi, on se retrouvait au réfectoire pour déjeuner.

Pendant les heures de repas, certaines personnes de la même origine se regroupaient et parlaient leur langue entre elles, bruyamment. On devait supporter, sinon on se fait traiter de xénophobe ou de tribaliste. A ces moments-là, je me sentais seule, car c’était impossible d’essayer de se mêler à eux. Ils étaient dans leur monde. Etant nouvellement arrivée, je n’y étais pas habituée. Je me sentais complètement impuissante, surtout que ces attitudes claniques se ressentaient aussi dans le travail. Je n’avais rien contre ce fait, seulement je pense que quand on vit en société, on essaye de ne pas déranger les autres par nos comportements. Puisque cette façon de faire crée parfois des tensions entre les employés et plombe l’ambiance.

Nos patrons, des Européens pour la plupart, ne prêtaient pas attention vraiment à ces détails. Eux, ce qui les intéressait, c’était essentiellement le résultat du travail. Je partageais le même bureau avec ma supérieure. Elle me posait beaucoup de questions, y compris sur ma vie privée. Elle me demandait si j’avais des enfants, si j’étais mariée, mais de façon totalement respectueuse et désintéressée. Si bien que je ne soupçonnais rien. Ça s’est ainsi très bien passé pendant quelques mois.

Les horaires de travail étaient 8h-16h. Ma patronne était très ponctuelle. A la descente, je rentrais directement chez moi. Certains jours, quand elle n’avait pas de rendez-vous d’affaires, elle me déposait. Et, certaines fois même, elle m’invitait à prendre l’apéritif. Elle vivait seule, avec un gros chien dans son appartement. Son époux et leurs deux enfants vivaient en France. Elle m’a montré des photos de leurs vacances. Son mari travaillait. Il n’avait pas assez de temps pour venir la voir régulièrement ; et elle non plus. Mais quand elle me parlait de sa famille, c’était toujours avec beaucoup de tendresse, car la chaleur familiale lui manquait.

Au bureau, ma tâche consistait à remplir un certain nombre de documents, que je récupérais et rangeais dans un tiroir situé derrière le bureau de ma directrice. C’est là que ça a vraiment commencé. Alors qu’il y avait un espace de plusieurs mètres pour passer, celle-ci se débrouillait pour passer derrière moi. Elle me prenait par les hanches pour me décaler, ou me frôler les fesses en se glissant derrière moi. Au début, j’ai pensé que je me faisais des idées.

Puis, un jour, elle a insisté pour que je vienne chez elle. Elle nous a servi un bon repas et du vin. A la fin du repas, on est resté à table, à discuter. Au bout d’un moment,

j’étais un peu ivre. Je n’avais plus la maîtrise de tous mes gestes et cela semblait beaucoup amuser ma patronne. Peu après, elle est venue vers moi et m’a embrassée. Elle m’a caressée longuement, en me disant qu’il y a longtemps qu’elle n’avait pas fait l’amour. Je passerai les détails de ce que nous avons fait ensemble ce soir-là. Car, j’en ai honte, encore aujourd’hui.

Depuis ce jour-là, le cauchemar n’en finissait plus. A chaque fois que je me retrouvais seule au bureau avec ma patronne, elle recommençait ses attouchements insidieux. Dans la vie de tous les jours, je lui aurais sans doute mis une baffe. Mais là, c’était la directrice. Je ne voulais pas perdre mon boulot.

Inconsciemment, j’ai même changé ma façon de me vêtir. Alors que j’étais auparavant habillée en jeans, robe ou jupe et talons. Je me suis mise à mettre des boubous et des sandales.

J’étais angoissée en me rendant au travail. Je n’en ai parlé à personne, si ce n’est à mon médecin afin qu’il me prescrive des cachets contre l’angoisse. Je ne pouvais en parler au Directeur Général. Je me disais qu’il ne me croirait jamais. En plus, j’avais honte.

Ma patronne est même devenue jalouse. Elle ne me laissait pas le droit de parler avec mes collègues de travail. Elle me surveillait tout le temps pour voir ce que je faisais. Même dans mon temps de pause, elle me surveillait. Ça me causait des migraines et des nuits d’insomnie. J’étais toujours en train de penser : qu’est-ce qu’elle va me dire ou me faire encore aujourd’hui ?

Une fois, elle cherchait le moyen de faire renvoyer un employé. Elle a monté un plan. Et c’est moi qui devais l’exécuter. Elle m’a demandé d’écrire une lettre à l’encontre de ce collègue. Non seulement, je ne pouvais pas faire une telle chose, mais ce collègue aimait mon travail et m’appréciait beaucoup. Devais-je écrire un faux rapport contre ce dernier et moralement ne plus pouvoir me regarder dans un miroir ? Que penserait ce collègue de moi s’il était au courant de cette lettre ?

J’ai refusé de faire une telle chose. Alors, ma patronne s’est retournée contre moi. Résultat, elle a monté une partie du personnel contre moi, en me traitant de menteuse, d’aguicheuse. S’en est suivie toute une période de harcèlement moral : elle me parlait mal, jetait les dossiers sur mon bureau, me faisait des reproches constamment, alors qu’elle était auparavant très contente de mon boulot.

Dès lors, tous les jours, je devais croiser des gens dans les bureaux ou au réfectoire qui me jugeaient et me dévisageaient. C’était très pesant. Cette période a été très difficile. Mais j’ai choisi de rester forte.

J’étais en CDD. A la fin, ma patronne n’a pas renouvelé mon contrat. J’étais à la fois soulagée et triste de me retrouver sans emploi. Heureusement, grâce à mon CV, j’ai eu un autre emploi. J’ai fini par apprendre un jour que d’autres collègues avaient subi le même traitement par cette femme. Certains avaient porté plainte. Mais cela n’a jamais abouti, faute de preuves. Et puis, en raison de la lourdeur du dossier et de certaines pressions, les victimes finissaient par abandonner. Une chose est sûre, j’en ai gardé un très mauvais souvenir.

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