jeudi, 23 novembre 2017

Retour sur le déroulement de l’assassinat de Sankara et ses collaborateurs


C’est Sennen Andriamirado, ami de Thomas Sankara et rédacteur en chef à jeune Afrique à l’époque de l’assassinat, qui a écrit un livre intitulé ‘Il s’appelait Sankara’ deux ans après la mort de l’ancien président du Burkina.

En effet, c’est un livre dans lequel l’auteur retrace le récit de l’assassinat de Thomas et ses collaborateurs. Un ouvrage remis sur la table à l’occasion de la commémoration des 30 ans de l’assassinat du père de la révolution burkinabè.

Le malgache qui est aussi décédé en 1997 explique dans son livre qu’il était 16h20 lorsque Serge Théophile Balima le directeur adjoint de la presse présidentielle a rappelé Thomas Sankara pour lui dire qu’il était déjà l’heure de la réunion, alors que le père de la révolution s’entretenait avec l’un de ses conseillers. A Sankara de lui répondre « J’arrive tout de suite ».

Quelques minutes après, le président Sankara arrive et monte dans la Peugeot 205 noire et prend place à côté du chauffeur comme à son habitude « J’aime bien voir la route, et de derrière on ne voit rien. » explique t-il amicalement à ses co-passagers. Le siège arrière occupé par deux gardes du corps. Une autre voiture les suivait. Elle était occupée par trois autres gardes de corps plus le chauffeur, un militaire lui aussi.

Tous étaient en tenue de sport puisque le lundi et le jeudi à partir de 17 heures, les Burkinabè étaient censés pratiquer le sport de masse. Le président et ses gardes ne se sont donc armés que de leur pistolet automatique (PA).

Alouna Traoré le seul rescapé de l’assassinat qui était de retour d’une mission à Cotonou avait à peine commencé son rapport qu’il s’est vu interrompre par le bruit du tuyau d’échappement percé d’une voiture qui se rapprochait du siège du conseil de l’entente. Étonné et agacé, Sankara demande : « Quel est ce bruit-là ? » Saba qui se montre aussi agacé par le bruit froisse le visage et demande à son tour « C’est quoi ça même ? »

Le bruit s’amplifie et une voiture s’immobilise devant le portail du conseil de l’entente. Un autre grand bruit prendra le relais: celui du vacarme des rafales de Kalachnikov.

Les collaborateurs de Sankara et lui-même (7 personnes en tout) se couchent à même le sol se protégeant derrière les fauteuils. Sankara se saisit de son PA, qu’il avait déposé sur la table. Du dehors, quelqu’un crie : « Sortez ! Sortez ! » Sankara se relève, pousse un grand soupir et ordonne à ses conseillers : « Restez ! Restez ! C’est moi qu’ils veulent ! » Puis il quitte la salle de réunion, les bras en l’air.

« Il a à peine franchi la porte de la villa, qu’il est littéralement canardé. Les assaillants étaient venus pour tuer ! » témoigne Alouna Traoré.

Les gardes qui veillaient dans le couloir et les deux chauffeurs ainsi qu’un motard de la gendarmerie, Soré Patenema, venu par hasard apporter du courrier au siège du CNR, ont déjà été abattus par les premières rafales.

Un ancien membre de la garde du président du Faso, surnommé Otis pousse les collaborateurs du président vers la sortie : « Dehors ! Dehors ! Sortez ! » Ils ont été tous abattus à leur tour. Patrice Zagré essaie de retourner se réfugier dans la salle de réunion ; une rafale dans le dos l’achève.

Alouna Traoré n’a eu la vie sauve que parce que retrouvé couché sur le gravier baignant dans le sang de ses camarades, ses bourreaux n’avaient plus de munitions pour l’achever. Pendant ce temps, Blaise Compaoré qui n’avait pas encore appris l’issu de l’opération se trouvait à l’aéroport pour sortir du pays au cas où l’opération échouerait. Mais après avoir appris qu’elle a réussi, il est rentré se coucher chez lui.

Lorsqu’on apprend l’assassinat d’un ami cher, doit-on rentrer se coucher comme si de rien n’était? demande un observateur

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