Tué par un animal

Bonjour ! Je viens vous parler d’une histoire que j’ai vécue et dont j’ai eu beaucoup de mal à me remettre. Je suis installé en Côte d’Ivoire depuis les années 80 en provenance d’un pays voisin. histoire3J’étais venu très jeune à l’aventure ici, après avoir abandonné l’école. Mes parents n’avaient plus les moyens.

Je me suis installé au nord-ouest du pays où j’ai passé plusieurs années. Je faisais l’exploitation de diamants, de façon clandestine. Cette activité et les mines de diamant n’étaient pas aussi répandues que maintenant. C’est un travail dur, mais je m’en sortais. Parfois, la journée, on peut tomber sur quelque chose, quelquefois on peut rentrer bredouille, sans rien trouver.

Là-bas, j’avais un ami avec lequel j’étais très lié. On était, la plupart du temps, ensemble. Il était marié, tandis que moi je n’y pensais pas en ce temps-là. Je comptais avoir de l’argent avant de prendre une femme. Je n’avais pas l’intention de passer toute ma vie dans la région. Je rêvais de gagner de l’argent et rentrer dans mon pays pour investir, faire du commerce.

Mon ami en question et moi avions pratiquement les mêmes ambitions. En plus du diamant, il avait un champ d’où il tirait la grande partie de sa subsistance : riz, igname, maïs… Durant la saison sèche, on faisait la chasse ensemble. Dans la région, à cette époque, il y avait des buffles. Ces animaux sont très dangereux. Il arrive que, ces bêtes, lorsqu’elles sont blessés, poursuivent les chasseurs.

Grâce à mon ami, j’ai pris goût à la chasse. Il m’a montré comment traquer un animal, ainsi que quelques secrets de la brousse. Il m’a raconté que son grand-père fut un grand chasseur dans le temps. Comme tout chasseur qui croit aux choses mystiques, mon ami avait l’habitude de consulter des féticheurs à chaque fois qu’on devait aller en brousse. Il voulait savoir comment serait la route. Quand il n’y avait pas un bon présage, on changeait de direction, ou bien, on annulait simplement la randonnée ce jour-là. Nous avions l’habitude de vivre comme ça. Je vous passe les détails. Jusqu’au jour où je suis entré dans la cour des grands avec mon premier et véritable trophée de chasse. C’était bien sûr un buffle. En fait, seuls les chasseurs d’un certain niveau réussissaient à les abattre. Ils sont non seulement rares, mais il fallait (comme je l’ai dit) connaître la brousse pour se lancer à leur trousse. Mon ami avait à son actif plusieurs buffles déjà tués. Mais le premier que j’ai abattu était très costaud. Ses cornes étaient très grosses  effilées et pointues. J’ai décidé d’empailler le crâne et l’accrocher au mur de ma maison. Comme ça, tous ceux qui entraient le voyaient. Ce souvenir me rappelait aussi mon exploit.

A cette époque-là, je n’imaginais pas que j’allais vivre un jour à Abidjan. Simplement, parce que je ne prévoyais pas cela dans mes projets. De temps en temps, je faisais un voyage dans mon pays et je retournais dans ce village où je vivais. C’est au retour d’un de ces voyages que j’ai trouvé mon ami un peu bizarre. Il avait le moral à zéro. Ce n’est que plusieurs jours après qu’il s’est confié à moi. Pendant mon absence, il était allé consulter les oracles et prendre des dispositions en vue de la saison sèche qui approchait, la grande saison de la chasse. Mais là, ce fut la douche froide. Le féticheur n’est pas passé par quatre chemins. Il annonce comme ça à mon ami qu’il risque d’être tué par un animal féroce au cours de l’année. Pour éviter tout danger, mon ami et moi avons décidé tout simplement de ne pas chasser cette année-là. On passait donc le temps à la maison, à faire du thé les jours où celui-ci n’allait pas au champ.

Un jour, nous étions chez moi. On était installés au pied du manguier, au milieu de la cour. Un moment donné, le ciel s’est assombri et un orage s’est levé. On a décidé de continuer la partie de thé dans la maison. Il y avait beaucoup de vent et ça rentrait même à l’intérieur de la maison. C’était une violente pluie accompagnée de grands vents. J’ai même cru que le toit de ma maison allait s’envoler. Laissant seul mon compagnon un moment, je suis entré dans la chambre pour faire quelque chose. Quand je suis ressorti quelques minutes après, je l’ai vu couché par terre. Je pensais qu’il s’était allongé pour dormir un peu, puisque c’était l’après-midi. Je n’ai pas voulu le déranger. Mais en l’espace de quelques secondes, j’ai constaté des choses bizarres, surtout la manière dont il était étendu au sol. Je l’ai secoué en l’appelant, mais il ne répondait pas. J’ai constaté que du sang coulait le long de sa joue, depuis la tête. Son crâne saignait. Mon ami ne respirait plus. C’est à ce moment-là que j’ai tout compris. En fait, le vent soufflait tellement fort que ça a décroché le crâne de buffle qui était au mur. En tombant, il s’est écrasé sur la tête de mon ami qui était assis en dessous. ça l’a tué sur le coup.

J’étais désemparé. Comment expliquer une telle tragédie à sa femme ? J’ai dû attendre que la pluie cesse. Je suis resté là, seul avec le corps de mon ami sous les yeux. J’avais dû le recouvrir avec un de mes draps. J’étais inquiet que les gens m’accusent de l’avoir tué. Prenant mon courage à deux mains, je suis allé expliquer l’affaire à un autre ami commun et, ensemble, nous sommes allés annoncer la nouvelle au chef du village. Heureusement pour moi, la famille du défunt n’a pas fait de scandale.

En réfléchissant, je ne pouvais plus rester dans ce village. J’avais l’impression de ne pas être en paix avec moi-même. J’ai donc décidé de venir tenter ma chance à Abidjan. Voici comment je suis arrivé ici. J’ai pu me faire une place au soleil, mais le souvenir du décès accidentel de mon ami a hanté mes nuits, pendant une longue période. Le féticheur lui avait prédit qu’il serait tué par un animal. Ce fut effectivement le cas.

Last modified on Tuesday, 29 March 2016 09:06

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Published in Histoire d’une vie

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